
La chambre est noire. Elle entrouvre les yeux, les cheveux collés au visage par la sueur et la saleté.
Putain, il fait une de ces chaleur.
Il est collé contre elle. Sa transpiration glacée lui file la nausée. Vite, dégager d’ici, avant qu’il se réveille. Avant qu’il ait l’occasion de la foutre dehors ou de vouloir la garder là, le con. Faufiler ses membres, sans bruits, ramasser une culotte et des chaussettes, embarque 100 balles qui traînent et une veste.. Ne pas claquer la porte, ne pas l’égorger, le porc qui bave sur les draps puants. Et puis longer une rue grise, encore une ou on crève de froid, sac a dos à l’épaule, capuchon vissé sur le crâne.
Elle est une fille de rien. Une fille de rue. Et c’est à chaque fois pareil, elle se lève, elle se barre, pour un ailleurs qu’elle ne trouve pas. Chaque fois elle marche, se sent dégueulasse, se persuade qu’elle n’est pas qu’une pute, que c’est mieux de faire ça que de crever de froid dans des chiottes lugubres..
Elle et son regard noir, sa manière de ne s’extasier devant rien, de ne même pas vouloir sauver le monde qu’elle fuit et qui le lui rend bien. Elle aimerait même voir cramer la vieille qui promène son pépère en la dévisageant.
Se souvenir, assise sur un banc en regardant ces cons de pigeons, sa mère qui la trouvait tellement belle. On se demande ce qu’elle en dirait, la bourgeoise, maintenant. Les cheveux coupé aux épaules, sales, collés les uns aux autres, la peau tout juste blanche et grise, les joues creusée.. La maigreur s’exprime jusque sur ses lèvres pâles et fendue et cette moue de dégout qui ne la quitte plus.. »Souris un peu, princesse » qu’elle disait..
Dans la précipitation elle a oublié son paquet de clopes chez le type d’hier soir. Il n’y a plus qu’à trouver un tabac dans ce bled. Les rues sont désespérément vides, et quand bien même elle croiserait quelqu’un, il flipperait tellement qu’elle n’en attendrait rien. C’est peut-être ça qui lui donne encore un peu de pouvoir sur les autres, physiquement elle n’est pas attirante, même pas impressionnante. Mais du haut de ses dix-sept ans, ces joues creuses, ces gestes fébriles, cet air de cadavre prêt à s’effondrer.
Un oiseau blessé qu’on aimerait recueillir. C’est sans compter que sa fragilité a tendance à se transformer en instabilité, en folie, en fuite.. Un oiseau blessé qu’on aimerait achever.
Règle numéro une: Ne jamais se retourner.
Effy