Trump, TPMP ou la glorification de la bêtise

Bon, je ne sais pas vrai­ment dans quel sens par­tir, ça fait quelque temps que je sou­hai­tais écrire ce qui va suivre, je vous demande donc un peu d’indulgence si mes bal­bu­tie­ments se confondent en erre­ments. En effet, comme d’ailleurs bien sou­vent sur ce blog, je me parle sur­tout à moi-même pour struc­tu­rer ma propre pen­sée.  Le point de départ, c’est ce billet de Fran Sad, vont s’y gref­fer ça et là d’autres idées. Je me répète, mais je n’ai rien fil­tré, j’écris cet article comme il vient. Vous l’aurez sans doute remar­qué au titre, qui ne veut rien dire.

Le pre­mier constat avec lequel je suis for­cé­ment en accord, c’est qu’on vit à l’ère de l’information, et pour­tant, on n’a jamais été autant dés­in­for­més. Ceci est dû à mon sens à deux points prin­ci­paux: tout d’abord, la quan­ti­té d’informations et la rapi­di­té avec laquelle elles s’enchaînent opèrent une sorte de cen­sure par le nombre, de sorte que même dans le cas où il n’y aurait aucune fausse info en cir­cu­la­tion, on ne pour­rait mathé­ma­ti­que­ment pas prendre connais­sance de tout. Le deuxième point pro­blé­ma­tique, c’est que pour être à même d’analyser ces infor­ma­tions, il faut avoir du temps (ce qui manque cruel­le­ment, en ver­tu du point pré­cé­dent, vu qu’il faut aller cher­cher d’autres sources, pour recou­per, ten­ter d’avoir une vue large) et un cer­tain panel de connais­sances. Je ne suis pas en train de faire dans l’élitisme ici, vu qu’on peut être doc­teur en phy­sique quan­tique et être une bille en géo­po­li­tique. En outre, bien peu de gens sont capables d’admettre une limite à leurs connais­sances…

On n’a donc ni le temps, ni les connais­sances d’analyser tout. Pour­tant, nous y allons tous de nos avis et de nos opi­nions, bien trop sou­vent avec émo­tion plu­tôt que rai­son. Et nous fai­sons pareil en face des opi­nions d’autrui, il en résulte un vor­tex d’incompréhensions mutuelles, un ver­rouillage de la com­mu­ni­ca­tion qui est pour­tant un élé­ment capi­tal pour ne pas débou­cher sur les géné­ra­li­sa­tions à outrance (“les arabes”, “les UDC”, “les socia­lopes”, “les Amé­ri­cains”, etc etc etc). Oui, je suis un par­ti­san du Pada­mal­gam, en pres­crip­tion géné­ra­li­sée cepen­dant. Pour autant, ce n’est pas une rai­son pour en faire une médi­ca­tion obli­ga­toire. Bien sûr que ça me désole, que ça me rend furieux à l’intérieur d’entendre ou de lire des pro­pos racistes, homo­phobes, sexistes et j’en passe et des meilleures. Réus­sir à faire taire ces per­sonnes ne m’intéresse pas pour­tant. OK, j’y gagne­rais une cer­taine paix, mais ça serait cacher la merde du chat sous le tapis ou plu­tôt scel­ler une cocotte-minute sur le feu. Quand on fait ça et que ça finit imman­qua­ble­ment par explo­ser, on se retrouve avec des Trump ou Le Pen, gens qui n’auraient clai­re­ment pas autant de suc­cès si tout allait bien.

Ce que je veux dire par là, c’est que vou­loir inter­dire ces choses que j’exècre n’a tout bon­ne­ment aucune chance de réus­sir: on ne peut pas inter­dire une idée sans la ren­for­cer en même temps. Par exemple, dire à l’Artiste Mal Pen­sant qu’il n’a pas le droit de faire ses des­sins et faire en sorte de l’exclure de son école ne va pas pro­duire comme résul­tat une remise en ques­tion pro­fonde de ses au contraire, c’est armer le béton pour que l’idée soit encore plus dure à cas­ser. Est-ce que vou­loir annu­ler les concerts d’un groupe comme Peste Noire va empê­cher quelques cons de com­mettre des actes vio­lents et hai­neux? Aucu­ne­ment, le net se char­ge­ra très bien de dif­fu­ser les mor­ceaux. Et non, je ne suis pas pour un blo­cage de ce genre de conte­nu non plus, de toute façon c’est contour­nable en un tour­ne­main… Encore une fois, j’ai bien conscience que ce sont des pro­pos hai­neux au pos­sible, mais c’est une sorte de fas­cisme que de vou­loir lut­ter contre le fas­cisme en l’interdisant sans autre forme de pro­cès. Nota bene: je me limite là à l’expression, à par­tir de l’instant où cela entre dans le monde réel et a des effets concrets sur la vie des gens, comme on le voit au len­de­main de l’élection de Trump avec un regain d’actes vio­lents

La volon­té de dia­logue mutuel me semble capi­tale et je parle bien de dia­logue, pas d’échanges d’invectives ayant uni­que­ment le but de détruire l’autre. Même le pire des racistes est un être humain et est à ce titre doté d’une intel­li­gence qu’il ne fau­drait pas négli­ger. Il faut tout faire pour réta­blir le dia­logue avec ce genre de per­sonnes, pour ten­ter d’ouvrir une fenêtre vers un autre mode de pen­sée, car il faut bien avouer qu’à boire tou­jours à la même source, on finit tou­jours par croire que notre eau est la meilleure. Après, j’avoue que si la per­sonne en face n’a aucune envie d’écouter et de ten­ter de com­prendre, je n’ai pas vrai­ment de solu­tion toute faite. Quand bien même je me trom­pe­rais et qu’il fau­drait les cen­su­rer au final, cela ne va pas faire dis­pa­raitre l’idée comme par magie. Il nous faut donc réflé­chir à d’autres moyens de lut­ter.

Cela me parait devoir pas­ser tout d’abord par une inci­ta­tion à s’élever. Non, je ne vous pro­pose pas un trip spi­ri­tuel, juste d’arrêter de pol­luer son cer­veau avec des royales conne­ries telles que Touche pas à Mon Poste. Com­bien de fois ai-je lu “Mais j’ai bien le droit de me détendre à la fin de ma jour­née de tra­vail”. Bon sang, fal­lait-il que ça soit avec cette bouse télé­vi­suelle qui exalte la médio­cri­té intel­lec­tuelle?  Que vaut donc un peuple qui rit de voir un gars se faire glis­ser des nouilles dans le slip, une femme se faire embras­ser la poi­trine contre son gré, un homme croire qu’il est com­plice d’une homi­cide (en camé­ra cachée, super l’humour…). Comme pour ce qui a été cité plus haut, inci­ter à la dépro­gram­ma­tion de cette émis­sion (de gaz toxiques) est une erreur, il vau­drait bien mieux de faire en sorte que les gens n’aient plus envie de la regar­der. L’esprit mer­can­tile d’Hanouna (car le fric est bien la seule chose qu’il l’anime) aura vite fait de com­prendre que ça ne rap­porte plus l’humour pipi-caca dont il fait montre dans son émis­sion. Je rejoins là à nou­veau Fran, l’ignorance semble être un mal bien répan­du sur notre pla­nète. Une pho­to de cha­ton se fera encen­ser sur les réseaux sociaux, un clash par You­Tube inter­po­sé fera les gorges chaudes et l’attention mono­po­li­sée. Un sujet sérieux, s’il ne per­met pas de cra­cher sur autrui, par contre, va juste être enter­ré sous les décombres du peu de digni­té qu’il nous reste.

Enfin, j’ai ergo­té bien long­temps pour que qui­conque aie lu jusqu’ici, je crois bien… Je vais donc briè­ve­ment conclure par: Bor­del, par­lez-vous les uns les autres…

Adden­dum Depuis l’écriture de ce texte j’ai appris que le sieur Hanou­na avait pro­tes­té à sa manière contre l’élection de Trump. Bon, c’est peut-être juste his­toire de sur­fer sur le buzz anti-Trump mais comme quoi il n’y a pas que du conte­nu vide de sens. Mais ne criez pas vic­toire trop tôt, c’est une goutte d’eau face aux conti­nents de conne­ries que j’ai pu voir. (Oui je me suis infli­gé plu­sieurs best-of de son “émis­sion”)