Tommy Robinson emprisonné

Ceux qui ont déjà dis­cu­té un tant soit peu avec moi le savent, la jus­tice équi­table et la liber­té d’expression pour tous me sont chères. Ain­si, quand je tombe sur une affaire comme celle de Tom­my Robin­son, mon inté­rêt s’en trouve par­ti­cu­liè­re­ment titillé. Et comme une cerise sur le gâteau, il est plu­tôt à l’opposé de mon échi­quier poli­tique.

Qui est Tommy Robinson?

Donc, qui est-il, briè­ve­ment? Donc, Tom­my Robin­son, de son vrai nom Ste­phen Yax­ley-Len­non, est un bri­tan­nique de 35 ans, il est un mili­tant d’extrême-droite, a fon­dé l’English Defense League et est main­te­nant un repor­ter. Il a déjà eu affaire à la jus­tice, pour une bagarre de rue à plus de cent per­sonnes, un coup de tête à un autre membre de l’EDL, pour une pro­tes­ta­tion sur les toits de la FIFA, pour avoir ten­té de péné­trer aux USA avec un faux pas­se­port, une ten­ta­tive d’escroquerie au cré­dit immo­bi­lier por­tant sur un mon­tant non-anec­do­tique. Quelques années plus tard, il a eu d’autres ennuis judi­ciaires en vou­lant fil­mer des accu­sés (lien) devant un tri­bu­nal où se dérou­lait un pro­cès pour viols d’enfants. C’est un élé­ment à gar­der en tête pour l’affaire qui nous occupe, car il a été condam­né à du sur­sis dans cette affaire.

This is not about free speech, not about the free­dom of the press, nor about legi­ti­mate jour­na­lism, and not about poli­ti­cal cor­rect­ness. It is about jus­tice and ensu­ring that a trial can be car­ried out just­ly and fair­ly, it’s about being inno­cent until pro­ven guil­ty. It is about pre­ser­ving the inte­gri­ty of the jury to conti­nue without people being inti­mi­da­ted or being affec­ted by irres­pon­sible and inac­cu­rate ‘repor­ting’, if that’s what it was

Judge Hea­ther Nor­ton

Que s’est-il passé?

Donc, il y a quelques jours à peine, se tenait à Leeds un  pro­cès d’un cercle de pros­ti­tu­tion. Tom­my Robin­son se trou­vait hors du tri­bu­nal et dif­fu­sait en live. Il lisait des articles de jour­naux sur l’affaire et a eu quelques mots échan­gés avec des gens qui pas­saient pour des accu­sés dudit pro­cès. Il a été arrê­té et condam­né à 13 mois de pri­son, dénon­çant une cen­sure qui les empê­che­rait de par­ler de l’affaire, titraient les médias pro-Robin­son, dès les pre­mières heures.

Ce repor­ting ban concerne en pre­mier lieu le pro­cès en lui-même, inter­di­sant aux médias de par­ler de l’affaire pour évi­ter d’influencer le pro­cès. Au moment du live de Tom­my, les jurés étaient en train de consi­dé­rer leur ver­dict après avoir pas­sé six semaines à éva­luer les preuves (lien), on peut donc consi­dé­rer ce moment comme par­ti­cu­liè­re­ment cri­tique pour l’issue du pro­cès…

Lors de son arres­ta­tion et de son pro­cès éclair, il y a eu un autre repor­ting ban. Il fut levé quatre jours plus tard, sur pres­sion des médias (y com­pris du mains­tream, comme The Inde­pen­dant). Nous en savons donc main­te­nant un peu plus sur les cir­cons­tances.

Une atteinte à la liberté d’expression?

La pre­mière chose que l’on peut rele­ver, c’est que l’alt-right en a conclu que c’était une volon­té de muse­ler Robin­son, une atteinte à la liber­té d’expression. Il n’est aucu­ne­ment envi­sa­gé que le repor­ting ban aurait pu être pro­non­cé dans le but de pro­té­ger le cours du pro­cès. Tout comme on s’est empres­sé de vou­loir le faire pas­ser pour un simple repor­ter en occul­tant sa condam­na­tion avec sur­sis déjà pro­non­cée un peu plus d’un an aupa­ra­vant.

Bien sûr que ça peut être un moyen de pres­sion pour qu’il se taise, mais de là à faire pas­ser ça pour un acte gra­tuit et un déni de jus­tice à son encontre, il y a un pas que je ne ferai pas. Il était par­fai­te­ment au cou­rant des risques encou­rus. On pour­rait se deman­der si ce n’était pas cal­cu­lé, mais ce serait faire un pro­cès d’intention, tout comme l’alt-right accu­sait la presse mains­tream et les auto­ri­tés de cacher les scan­dales de Tel­ford et la jus­tice de ne pas les avoir condam­nés. Et pour­tant on trouve assez faci­le­ment des articles de 2013 et au-delà rela­tant les faits (lien).

Au niveau de “le gou­ver­ne­ment et les médias veulent cacher la véri­té au peuple”, on a vu mieux quand même. Et même lorsque l’affaire a pris un nou­veau tour­nant en mars 2018, c’est le Sun­day Mir­ror qui reve­nait sur l’affaire et qui met en lumière des man­que­ments des auto­ri­tés locales ain­si qu’une échelle beau­coup plus grande qu’initialement . Enfin bref, on ne peut décem­ment pas pré­sen­ter Tom­my Robin­son comme “whist­le­blo­wer” du scan­dale. Par contre, l’alt-right a su l’utiliser d’une manière cynique au pos­sible, arguant que si le scan­dale avait été (pré­ten­du­ment) étouf­fé, c’était parce que les vic­times auraient été uni­que­ment des jeunes filles blanches.

Pour ma part, Tom­my Robin­son et tous les autres doivent pou­voir par­ler libre­ment, sans crainte de la part de la jus­tice. Mais que l’issue d’un pro­cès puisse être com­pro­mise (y com­pris au détri­ment des vic­times!), je le tolère net­te­ment moins. La seule chose que je dirais en sa faveur est qu’il doit être pro­té­gé en pri­son, les risques de ven­geance télé­gui­dées étant bien réelles (lien).

Que doit-on en conclure?

J’ai envie de dire, tout ce que vous vou­drez bien en pen­ser, vous êtes libres après tout. Pour ma part, je dirais que si les publi­ca­tions et actes de Tom­my Robin­son ont per­mis de rendre la popu­la­tion à nou­veau atten­tive à un des pires scan­dale sexuels de l’histoire de la Grande Bre­tagne, alors c’est une bonne chose, bien que je doute qu’il aie uti­li­sé cette affaire comme un pré­texte. En effet, tout le nar­ra­tif de l’alt-right me laisse presque à pen­ser qu’ils se sont inté­res­sés à ce scan­dale qu’à cause de la cou­leur de peau des accu­sés et de celle (pré­ten­due) des vic­times.

S’il y a eu des ten­ta­tives de dis­si­mu­la­tion, sciem­ment com­mises, alors ces per­sonnes doivent être jugées aus­si, aus­si haut-pla­cées soient-elles. Avec l’étendue des crimes, l’enquête et les pro­cès peuvent très bien durer des années (La jus­tice immé­diate, c’est comme l’info immé­diate, c’est sou­vent de la merde), cela sera long et dur pour les vic­times qui ont déjà connu les affres de leurs tor­tion­naires. Il n’y aura peut-être dans cer­tains cas pas assez d’indices, trop peu de temps, pour tout exa­mi­ner à la loupe. Mais ne lais­sons jamais des esprits fâcheux ani­més d’autres buts récu­pé­rer ces crimes et soyons autant vocaux qu’eux, si ce n’est davan­tage…

 

 

 

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