À la Fée bleue

À la Fée bleue

/ Texte

Vois cette enchan­te­resse aux che­veux d’outremer
Prê­cheuse d’universel, amante effron­tée
Métis­sant spi­ri­tuel et chair éhon­tée
Elle hausse le dra­peau révo­lu­tion­naire

Chaque fois qu’autour de moi, l’étau se res­serre
Je m’abandonne aux soins de son âme indomp­tée
Car je sais qu’elle plie­ra ma volon­té
Je le res­sens jusqu’au fond de mes vis­cères

Image: A state of sublime ecs­ta­sy par nevs28

28.02.2018

28.02.2018

/ Texte

On se croyait dieux immor­tels, enfants éter­nels. Devant nous, on ne voyait que l’horizon à perte de vue. On n’imaginait pas qu’à force de s’en rap­pro­cher, cet hori­zon lais­se­rait  place à un pré­ci­pice sans fond. Et puis, c’est la chute, inexo­rable, nos bras fouettent l’air avec la rage du déses­pé­ré qui lutte à mort contre un des­tin qu’il sait pour­tant invin­cible. Cette ultime lutte pour la sur­vie serait véné­rable si elle ne parais­sait pas aus­si vaine avec un peu de recul. Nous ne sommes ni oiseaux ni esprits, nous ne sommes qu’un amas de chairs pesant et bien­tôt mort, nos vis­cères macu­le­ront la terre, puis seront englou­tis par elle. Elle nous vomi­ra ain­si dans la bouche d’autres Sisyphes insou­ciants qui per­pé­tue­ront à jamais ce risible spec­tacle qu’est l’humanité.

J’envie les dis­pa­rus, j’envie ceux-là qui ne souffrent plus, qui dans les caresses de la mort ont trou­vé un pré­cieux récon­fort. On me dira qu’avoir peur de la mort est natu­rel,  que l’aimer est sui­ci­daire. Mais pour­tant je ne la désire pas, je ne la repousse pas, je me sens for­cé à conti­nuer le jeu de la vie alors que j’aurais vou­lu quit­ter la table il y a bien long­temps. Bien sûr, quelques péri­pé­ties , quelques ren­contres vont venir épi­cer la fade bouillie de l’existence. Mais com­ment faire quand on est plei­ne­ment conscient que ces par­fums ne sont là que pour rendre cet indigne ali­ment quelque peu accep­table alors qu’au fond, la vie res­te­ra tou­jours ce qu’elle est: de la merde?

En quête de sens

En quête de sens

/ Texte

Inter­net se vou­lait être la grande force d’émancipation de la parole, le par­tage et la mul­ti­pli­ca­tion des connais­sances. Au lieu de cela, on s’est retrou­vés avec un véri­table dépo­toir, car cha­cun vou­lant son petit royaume de pixels, des paroles d’habitude can­ton­nés aux arrière-salles des bras­se­ries bava­roises ou aux cham­brées de caserne ont noyé les sagesses d’aujourd’hui et d’antan. On a mis le talent au rebus, la per­ti­nence aux ordures et on n’élève plus les âmes mais des murs. Les pro­pos lourds et dépla­cés sont applau­dis, la beau­fi­tude est deve­nue le nec plus ultra. Tous ces petits sol­dats du poli­ti­que­ment incor­rect s’en donnent à cœur-joie pour atti­rer de leur écra­sante gra­vi­té les esprits vers la terre, à un niveau presque chtho­nien.

Et à côté de ça, tu as tous ces gens dégueu­lasses, dra­pés dans une com­pas­sion de façade, qui te sau­te­ront à la gorge dès le moment où tu déran­ge­ras, où tu ten­te­ras de les rap­pe­ler à la ratio­na­li­té. Ouais, tu sais, cette caté­go­rie de gens qui vont sou­hai­ter les pires immon­dices à des cri­mi­nels en se disant épris de jus­tice. Ce qu’ils sou­haitent en véri­té, c’est la ven­geance, la vio­lence. À lire leurs pro­pos, j’ai l’impression que les vrais sadiques, ce sont eux. Sadiques et inco­hé­rents, ils vont te dire la bouche en cœur qu’ils ne sont d’aucun par­ti, déçus par tous les poli­tiques  tout en fus­ti­geant les bobo-isla­mo-gau­chiasses et sou­te­nant qua­si-sys­té­ma­ti­que­ment les pro­po­si­tions de la droite dure, quand bien même elles sont sources des troubles qu’ils pré­tendent éteindre.

Tous ces gens se livrent à une bataille éter­nelle et sans issue, c’est à celui qui gueu­le­ra le plus fort, à celui qui écra­se­ra le mieux. Comme enivrés par leurs idéo­lo­gies et bouf­fis d’arrogance, il leur est impos­sible de consi­dé­rer qu’il puisse exis­ter d’autres che­mins. Cette simple sup­po­si­tion suf­fi­ra d’ailleurs à confor­ter leurs convic­tions: si tu n’es pas avec eux, tu es contre eux, tu es un traître pour oser dire que tous les humains devraient se par­ler et faire preuve d’une réelle com­pas­sion. Oh bien sûr, la plu­part sui­vront au début, jusqu’à ce que cela revienne mettre en cause leurs actes, ne comp­tez plus sur eux pour faire amende hono­rable. Ceux qui le font quand même passent alors immé­dia­te­ment dans la caté­go­rie des bisou­nours eth­no-maso­chistes dévi­ri­li­sés.  Bien sûr qu’il y en a qui sont arri­vés là comme des spe­cial snow­flakes pous­sés par le vent,  tels des bocaux vides qu’on peut rem­plir de n’importe quelle idéo­lo­gie, pour­vu qu’elle ôte la res­pon­sa­bi­li­té du mal­heur.

Tu sais, j’ai l’impression d’être pas­sé par toutes ces étapes moi aus­si. Tu me demandes ce que j’en pense? Et bien, pour moi, rien de tout cela ne vaut la peine, ce ne sont que des braises froides, la vraie flamme est éteinte depuis long­temps.  C’est un peu comme si j’étais un spectre et que je tra­ver­sais mon époque en ruines, infec­tée d’humains qui ges­ti­culent, ten­tant pathé­ti­que­ment de remon­ter le cou­rant du fatum.

09.11.2017

09.11.2017

/ Texte

Y’a des soirs comme ça où t’as envie de tout cra­cher d’un coup, d’éructer tes tripes comme une bête à l’agonie et te dis­soudre dans le néant éter­nel une bonne fois pour toutes. Quand t’as ce mal-être qui te dévore, que peux-tu faire à part hur­ler à la mort? Y’a rien qui puisse t’apaiser, l’alcool, les drogues, les prières, l’amour, le sexe, la baise: tout t’en devient agres­sion, comme du sel sur une plaie vive. Ça fait un mal de chien que de vivre quand tu es comme ça. Et pour­tant, la mort ne trouve jamais ta porte. Tu l’accueillerais presque comme une vieille amie qui t’a sui­vi si long­temps, embus­quée dans ton ombre, te fai­sant lan­guir, jouant sadi­que­ment avec ton ridi­cule espoir de petit être humain misé­rable et insi­gni­fiant.

Mais j’ai beau crier, la dou­leur en mots qui sort de mes doigts semble infi­nie et ce qui ne bouf­fait de l’intérieur serait bien capable de me noyer de l’extérieur… J’ai le poing si cri­sé qu’il en bri­se­rait mes pha­langes. Alors je sais bien que j’alimente le feu de la mar­mite dans laquelle je suis mais bor­del Save me from myself quoi… Je cherche tant l’eau qui sau­ra apai­ser ce bra­sier, j’ai soif depuis si long­temps qu’à l’intérieur ça doit res­sem­bler à une vieille cha­rogne dés­échée et cra­que­lée par le temps, à un tel point que ça com­mence à se voir à l’extérieur…

Bon, un peu trop d’amertume pour ce soir, faut croire… Bonne nuit!

 

 

Man smoking cigarette

Gavé

/ Texte

Je crois que c’est le mot qui convient à la per­fec­tion pour décrire mon état: gavé. Quand les nuits sans som­meil s’enchaînent, quand tu cogites bien au-delà des fron­tières du rai­son­nable, c’est comme si les portes de la folie s’ouvraient à ton esprit. Ou peut-être est-ce une forme de luci­di­té acé­rée, la fatigue entraî­nant le relâ­che­ment des épui­sants méca­nismes men­taux qui per­mettent d’habitude de sup­por­ter les vicis­si­tudes du far­deau d’être humain. Je suis là, assis sur le rebord de mon lit, à enchaî­ner les clopes, ce sui­cide à petit feu semi-conscient. Ma face dans le miroir macu­lé de pous­sières semble être un reflet encore plus pâle de moi-même, comme si ce miroir me per­met­tait de voir mon propre ave­nir.

Je ne sais pas d’où me vient cette angoisse exis­ten­tielle, après tout , aucune rai­son d’être mal­heu­reux, d’autres sont dans un bien pire état que le mien. Et pour­tant, je sou­ris à l’idée de suivre les sen­tiers de la per­di­tion… N’est-ce pas ce que dans le fond j’ai tou­jours été? Un gosse pau­mé et effrayé à la simple idée d’exister… J’ai eu beau cher­cher des rai­sons de conti­nuer cette mas­ca­rade, mais je n’en ai trou­vé aucune. Et si j’envoyais tout, tous et toutes paître? Après tout, on ne cesse de me conter que l’herbe est for­cé­ment plus verte quelque part. Mais si elle est si appé­tis­sante que ça, allez donc la brou­ter vous-mêmes! Moi, j’ai juste envie qu’on me foute la paix, j’ai juste envie qu’on me consi­dère enfin avec une égale insi­gni­fiance que tous les autres ver­mis­seaux grouillant ici-bas.

Et pour­tant, demain, il y’ en aura encore d’assez fous pour me trou­ver une quel­conque signi­fi­ca­tion. Quelle est donc cette folie qui s’empare d’eux? Avez-vous donc connu si peu d’humains pour me trou­ver une saveur? Et dire que demain, je devrai à nou­veau faire sem­blant. Revê­tir à nou­veau le masque infâme de la bonne humeur de cir­cons­tance. Jouer la comé­die, encore, et encore et encore…

Image: Pho­to de Mateo Avi­la Chin­chil­la

La vertu du silence

La vertu du silence

/ Texte

J’aime beau­coup la série Kaa­me­lott, plus par­ti­cu­liè­re­ment le Livre V, parce que le ton y est plus grave, moins désin­volte que dans les quatre pre­miers. On y retrouve davan­tage de répliques lourdes de sens, comme par exemple l’échange avec le père adop­tif d’Arthur, fabri­quant de médaillons à ses heures per­dues. Ce der­nier lui avait fabri­qué un pen­den­tif d’Ogma, le Dieu de l’éloquence. Mais Arthur, par­ti­cu­liè­re­ment décou­ra­gé et d’humeur maus­sade dans cette sai­son, lui répond que l’âge aidant, il devrait plu­tôt arbo­rer le médaillon d’Harpocrate, le dieu du silence. Plus les jours coulent, plus je me sens comme lui, j’ai envie de rac­cro­cher et me murer dans le silence. Il n’est pas rare de me voir pas­ser une soi­rée entière à sim­ple­ment obser­ver d’une manière tout-à-fait cir­cons­pecte, pour­quoi en serait-il autre­ment sur le net?

Dans l’écrasante majo­ri­té des cas, un échange d’opinions ne débouche sur rien., cha­cun a ses avis gra­vés de longue date. Alors bien sûr, on peut décons­truire tout cela à longs ren­forts d’arguments, de calme et quel­que­fois de com­pro­mis. Mais est-ce que cela en vaut bien la peine? Toute l’énergie enga­gée est bien sou­vent per­due, ces prises de parole, au fond, sont l’expression de notre propre déses­poir et de notre inca­pa­ci­té à bais­ser les bras face aux causes per­dues d’avance.

Ayant conscience de la futi­li­té de cela, pour­quoi conti­nuer à bêler en chœur ?Après tout, nos opi­nions ne sont que rare­ment uniques, des dizaines, des cen­taines, des mil­liers d’avis iden­tiques au mien sont dis­po­nibles à qui veut les entendre et expri­més avec un talent bien plus évident, rien que le pré­sent texte peut être résu­mé en deux phrases de ce cher Trent Rez­nor:

I am just a copy of a copy of a copy
Eve­ry­thing I say has come before

Nous voyons tous la “pen­sée unique” en face et jamais chez nous-mêmes.  Si l’opposant est bête, je peux tout aus­si bien l’être aus­si. Aucune opi­nion n’est à l’abri. Même la per­sonne qui se pré­tend en dehors de ce car­can, posant en fier ana­lyste de la comé­die humaine, n’est pas fichue de consta­ter à quel point elle est sou­mise à ses propres filtres de pseu­do-impar­tia­li­té.

Bref, faites ce que vous vou­lez de ce monde, moi j’raccroche. Il est fort pro­bable que ce blog ne devienne plus qu’une vitrine pour mes pho­tos, ne vous éton­nez donc pas s’il dis­pa­raît un jour.

 

Je marche

Je marche

/ flashback, Texte

Je marche dans ces cou­loirs depuis long­temps. Tout ici est étrange, ce n’est pas un monde que mes yeux, ni même mon âme, n’ont vu. Les murs, le sol, le pla­fond ; tout semble bou­ger, se défor­mer. Au loin, j’entends un bruit qui ne me rap­pelle rien de connu, il résonne tel­le­ment fort que je ne sais plus si il est dans ma tête ou si je l’entends réel­le­ment.

Tout à l’heure, j’ai bien ten­té d’appeler à l’aide, mais aucune réponse n’est venue. C’est comme si j’étais seul ici, et que les autres étaient ailleurs, qu’il y avait un espace infi­ni entre eux et moi. Ou peut-être même que les autres n’existent pas, com­ment pour­rais-je le savoir ? Je n’ai vu per­sonne depuis que je suis arri­vé ici, même pas un petit indice, une petite marque de la pré­sence d’un être humain.

Mais je conti­nue quand même à avan­cer, bien que je ne sache pas où je vais. Après  tout, pour­quoi n’avancerais-je pas ? S’il n’y a rien ici, il doit for­cé­ment y avoir quelque chose là-bas. Et je crois qu’au fond de moi, j’ai envie de le décou­vrir,  même si j’ignore tota­le­ment ce que cela peut-être.

Et puis, il me semble que l’air devient moins pesant, mes pas se font plus légers. L’extérieur com­mence à perdre de l’importance, il s’efface petit à petit pour me lais­ser face à moi-même et à mes intimes dési­rs. Je reste figé sur place, le regard fixé vers le bout du cou­loir, et pour­tant j’ai l’impression d’avancer mal­gré moi, mais je n’essaie pas de résis­ter, car cela serait vain. Le bruit de tout à l’heure s’estompe, puis je finis par ne plus rien entendre. Mais cela ne me panique pas du tout, même si c’est l’inconnu qui m’attend.

Il ne me reste plus qu’à regar­der, ou plu­tôt à contem­pler cet hori­zon qui se rap­proche iné­luc­ta­ble­ment. C’est assez étrange de se réjouir d’arriver vers cet incon­nu que l’on atten­dait. Plus je m’en approche, plus la lumière aug­mente et elle finit par m’éblouir com­plè­te­ment. Je ne vois plus qu’elle, plus que ce rayon­ne­ment intense.

Une douce cha­leur m’envahit alors et la lumière s’affaiblit. Je peux alors dis­tin­guer une forme qui s’approche. Petit à petit, ses contours se des­sinent et appa­raît alors une créa­ture majes­tueuse, presque irréelle. Ses che­veux pareils à des rayons de soleil, ses yeux doux et bien­veillants, tout en elle m’inspire une confiance abso­lue. Les traits de son visage sont comme les facettes d’un cris­tal ou d’un dia­mant, étin­ce­lant au milieu de la nuit, ma nuit. Son sou­rire est d’une beau­té à nulle autre pareille, devant lui, même les plus durs cœurs fon­draient. Et puis, elle s’avance dou­ce­ment, sans bruit, comme une nymphe. Ses vête­ments majes­tueux semblent une fine brume la recou­vrant à peine. Leurs replis ren­voient mille rayons de lumière qui inondent ces lieux d’une clar­té triom­phante.

Elle et moi, ici, seuls au milieu de rien, moi en face d’elle, désar­mé, à nu ; elle tend son bras droit vers moi, je me sens alors comme tra­ver­sé par une éner­gie sur­na­tu­relle, mon bras se lève aus­si et ma main prend la sienne. Elle se met alors à me regar­der avec une dou­ceur indes­crip­tible.

Une larme se met à per­ler au coin de son œil, puis coule sur sa joue. C’est alors qu’elle tombe. L’air semble fumer autour d’elle et lorsqu’elle touche le sol, toute la pièce dis­pa­raît, tout devient plus lumi­neux ; je sens que je me désa­grège pareille­ment, mon corps se sépare de moi. Bien­tôt je ne suis plus qu’un esprit et les choses que je vois ne sont pas des­crip­tibles par des mots humains. Je suis alors défi­ni­ti­ve­ment sépa­ré de ce monde où je souf­frais, où je connais­sais le mal­heur. Les larmes y étaient mon­naie cou­rante, la seule musique qu’on y enten­dait était les lamen­ta­tions des cœurs des hommes, la peine et la tris­tesse, se mêlant en une déchi­rante sym­pho­nie et implo­rant une impro­bable grâce divine, mon­taient aux Cieux.

Ici, enfin, tout cela  a dis­pa­ru. Et bien­tôt, j’en per­drai le sou­ve­nir. La mort est comme l’effacement de toute sen­sa­tion, la fin de toute dou­leur. L’enfer n’est pas ici, il est der­rière moi main­te­nant. Le départ de ceux que l’on aime devrait nous réjouir. Mais au contraire, nous pleu­rons, nous fai­sons nôtre une dou­leur qui nous est étran­gère. Égoïstes que nous sommes ! Nous vou­drions au fond de nous-mêmes par­tir, et nous envions ceux qui ont cette chance.

Enfin, ces ques­tions ne seront bien­tôt plus les miennes. Est-ce que je pour­rais même encore m’en poser ? Quelle impor­tance ! Allez, tu peux m’emporter main­te­nant, dans ta lumière. Que mon âme s’envole enfin vers cette paix dont tu es le por­tail.

Texte publié en 2004

Train

Train

/ flashback, Texte

Voi­ci un texte que j’avais publié sur mon ancien blog. Il doit dater d’une petite dizaine d’années.

Aujourd’hui le train m’emmène au bord du Léman. Le Soleil est au zénith, j’ai assez chaud mais je me sens bien. J’observe les quais, les gens atten­dant le train, les autres pas­sa­gers qui lisent le jour­nal. Et moi j’écris, je trace des lettres qui peut-être n’existent pas, j’écris des phrases qui n’ont de sens que pour moi, des mots qui se perdent sur le papier ou quelque part dans ma tête, en espé­rant qu’ils tom­be­ront, même dans très long­temps, peu importe, sous le regard impu­dique d’yeux assez com­pa­tis­sants pour me par­don­ner mes imper­fec­tions. Car il faut bien l’avouer, ce texte est décou­su tel les loques d’un clo­chard, j’ai l’impression de ne pas maî­tri­ser les mots comme si les phrases nais­saient d’elles-mêmes et qu’elles m’avaient enfer­mé dans un laby­rinthe hors de la réa­li­té, le temps s’écoule sans que j’en aie conscience, à tel point que je ne sais com­bien d’heures se sont écou­lées depuis que j’ai com­men­cé. Mais c’est très agréable d’être dans sa bulle, de s’évader, de voya­ger avec son esprit et de se lais­ser aller à explo­rer des contrées ima­gi­naires, ber­cé par la dou­ceur de l’eau du lac.

Je suis sor­ti de ma tor­peur par un arrêt à une gare. J’entends la lourde porte du wagon qu’on ouvre et pen­dant un bref ins­tant, c’est la seule chose que je per­çois, viennent s’y ajou­ter des bruits de pas que j’imagine être ceux d’une femme. La porte cou­lis­sante du com­par­ti­ment s’ouvre alors et j’entrevois son visage qui me fas­cine, je la regarde, elle aus­si et c’est là que je la recon­nais. Nous nous sommes vus très peu de fois mais quand je me laisse aller à pen­ser à elle, c’est un tour­billon qui me prend aux tripes, un feu d’artifices d’émotions dans ma tête. Et à chaque fois que cela me prend, j’ai l’impression que tout ce que je res­sens est ampli­fié, comme si elle était plus réelle que tout le reste.

Nous res­tons long­temps à par­ler, les sta­tions défilent sans qu’on les remarque, des gens montent et des­cendent sans qu’on leur accorde la plus misé­rable impor­tance. En ce moment, il n’y a qu’elle et moi, face à nous-mêmes. Le train s’est comme déma­té­ria­li­sé, il a quit­té le champ de ma conscience, je ne sais même plus s’il existe encore quelque part. Mais c’est bien la der­nière chose qui m’importe, elle est là, et ça me va. Sa pré­sence me tran­quillise, je me sens encore mieux qu’avant. Je ne vois plus rien dehors, tout est blanc et sans tâche, il n’y a qu’elle en face de moi. Puis je remarque que le blanc semble se trans­for­mer, sa sur­face change. Des petits car­reaux mate­las­sés com­mencent à appa­raître, elle est tou­jours là, en face de moi.

J’entends la lourde porte de la cel­lule qui se referme…

 

Self-reflections

Self-reflections

/ Texte

I’ve been sear­ching for her eve­ryw­here: in the vil­lages, in the cities, the forests and the moun­tains. I tur­ned stones and stumps over only to find swar­ming mag­gots under­neath. Even the sky, clear or filled with clouds, rain and thun­der couldn’t give me the ans­wers I was loo­king for. I tried music too, and it almost wor­ked. Almost, because for a moment, it sof­te­ned my inner pain, but then this fee­ling got sucked up the black hole I am. Years pas­sing by, my crave for it was only wor­se­ning day after day , deceit after deceit.

Frank­ly, I bare­ly know how I can manage to sus­tain this emp­ti­ness and unrest that I’m fee­ling. And don’t even get me star­ted with people. Most of them are just plain copies of some arche­type, obeying rules and codes they aren’t even aware of. I’m pro­ba­bly one of them too, the doo­med poet wan­nabe with a twist of misan­thro­py and empa­thy at the same time.

Any­way, I still don’t know how I could find her out there in this sicke­ning world filled with hatred and inhu­ma­ni­ty. Some­times I just want to let it go but some­how I feel that would be my gra­ves­tone so I want to keep trying. Maybe my obs­ti­na­cy is the very rea­son why I can’t find her: Peace…

W.

English poem

English poem

/ anglais, poème, Texte

Voi­ci quelques lignes qui sont sor­ties ce matin de ma tête en anglais. La tra­duc­tion en fran­çais donne mal­heu­reu­se­ment beau­coup moins bien…

Will I see the end of this end­less night?
Will I find a way to stop this blight?
Will the clouds unveil a bright sky
Or thun­der to silence my out­cry?

Dan­cing bet­ween insa­ni­ty and luci­di­ty
Des­pi­sing unrest, cra­ving for sere­ni­ty
I don’t know where fate is going
But I’m tired and alrea­dy for­going

Ver­rai-je la fin de cette nuit infi­nie?
Trou­ve­rai-je un moyen de stop­per ce fléau?
Les nuages dévoi­le­ront-ils un ciel clair
Ou le ton­nerre pour réduire mes pro­tes­ta­tions au silence?

Dan­sant entre la folie et la luci­di­té
Abhor­rant l’agitation, ayant faim de séré­ni­té
Je ne sais pas où le des­tin va
Mais je suis fati­gué et déjà je renonce

Image: Stor­my wea­ther par Mark Freeth

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