Protéger la police ou les policiers?

Au Palais Fédé­ral se votent de nom­breux textes, cer­tains sur des sujets anec­do­tiques, d’autres aux impli­ca­tions plus pro­fondes. Le nombre fait qu’il est impos­sible d’avoir un œil sur tout, bien qu’il existe un moteur de recherche. Ain­si, l’autre jour, en feuille­tant négli­gem­ment le 20 Minutes , j’apprends qu’une motion inti­tu­lée Dur­cis­se­ment des sanc­tions en cas de vio­lences contre la police, les auto­ri­tés et les fonc­tion­naires a été votée par le Natio­nal. Elle est pour l’instant en attente du vote des États et le CF avait pro­po­sé de la reje­ter. Les sou­tiens ne m’étonnent guère, le PDC et l’UDC ayant fait un front uni.

Voi­ci, pour mémoire, l’article du Code Pénal qui traite de cette infrac­tion. Actuel­le­ment, le contre­ve­nant encourt jusqu’à trois ans de pri­son. La motion est pré­sen­tée notam­ment comme un moyen de mieux pro­té­ger les poli­ciers contre la vio­lence phy­sique, ce qui est faux, puisque l’article pro­tège non pas l’intégrité phy­sique d’une per­sonne (pro­té­gée par un autre point du CP) mais l’autorité qu’elle exerce.

Mais LA phrase qui me fait tiquer, fon­da­men­ta­le­ment, c’est cette his­toire de noti­fi­ca­tion à l’employeur en cas d’infraction à l’article 285. Qu’est-ce que les signa­taires de la motion espèrent récol­ter avec une telle mesure? Si quelqu’un empêche, par exemple, des poli­ciers de pro­cé­der à une dépor­ta­tion, il est clai­re­ment sous le coup de cette loi. La peine encou­rue est pré­ci­sée. On peut esti­mer que la peine est trop faible, on peut dis­cu­ter là-des­sus sans autre. Mais vou­loir le noti­fier à l’employeur, c’est à mon sens vou­loir appli­quer une double-peine pour un seul délit. À part pour des pro­fes­sions spé­ci­fiques, je n’y vois aucune per­ti­nence: est-ce qu’un maraî­cher plan­te­rait moins bien ses légumes s’il bloque l’expulsion de sans-papiers? La réponse est évi­dem­ment non, mais per­met de réfré­ner les vel­léi­tés de se dres­ser contre les agents de l’État.

Je ne suis pas un adepte de l’utilisation de la vio­lence et ne nour­ris pas un sen­ti­ment anti-poli­ciers par­ti­cu­liè­re­ment exa­cer­bé. J’ai bien conscience que leur exis­tence per­met de pro­té­ger la popu­la­tion de cer­tains crimes dont per­sonne ne doute de la noci­vi­té. Mais n’oublions pas que la police peut aus­si ser­vir à défendre l’État/le Sys­tème et c’est là que de telles lois peuvent être uti­li­sées pour muse­ler les pro­tes­ta­tions. La méfiance envers ce der­nier est un devoir, car c’est une enti­té avec une exis­tence et des inté­rêts propres qui dépassent le simple fait de four­nir un cadre aux citoyens.