Scandale : Superman est bisexuel!

16 octobre 2021 | Articles | 0 commentaires

Etiquettes : bisexualité | comics | Superman

2021, sur la planète Terre. La prochaine incarnation d’un super-héros imaginaire est bisexuelle et certains esprits conservateurs y voient la fin du monde, une farce grotesque, un acte immonde et j’en passe. Ou du moins c’est ce qu’on pourrait en comprendre à lire certains commentaires…

Tout d’abord, Jon Kent n’est pas Clark Kent, c’est son fils. Il est donc logique que sa personnalité et son background diffèrent de ceux de son père. Et même si c’était Clark Kent qui était devenu bisexuel dans un autre univers, qu’importe? Il ne faut pas oublier que ce genre de héros fait partie d’une sorte de terreau commun qui permet de réinventer mille et une fois le personnage.

Le Joker, par exemple, de Jack Nicholson à Joaquin Phoenix en passant par Heath Ledger, est passé par de multiples personnages, donnant des biographies très diverses (accident avec des produits chimiques, défiguré par son père, etc…) et un état d’esprit bien différent. Il est même présenté comme gentil dans un des univers alternatifs. Plus proche géographiquement de nous, le Roi Arthur a lui aussi connu de nombreuses incarnations télévisuelles et littéraires. Pour autant, on n’entend personne se plaindre aussi massivement que pour Superman, alors que sa bisexualité est un détail insignifiant pour l’histoire. Il continuera à arrêter des méchants, à avoir deux identités, à avoir du sang kryptonien… Bref, rien qui ne change la fonction de l’archétype.

De même, dans le cas du héros d’un autre genre, Sherlock Holmes, lui aussi a subi des changements. Le Sherlock avec Benedict Cumberbatch et Martin Freeman se déroule à l’époque moderne. Dans Elementary, il vit aux Etats-Unis et Watson est une femme asiatique. L’esprit de déduction affuté, la lutte avec son addiction, le duo avec son partenaire, tout cela fonctionne même dans ce setting modernisé. Troisième et dernier exemple : prenons la série Lupin. À peine l’affiche était dévoilée qu’on avait déjà des cris d’orfraie, dénonçant l’effacement des Blancs de l’histoire (oui, même l’histoire des romans), alors qu’Omar Sy ne campe pas Arsène Lupin, mais est un amateur du héros qui s’inspire de ses aventures dans un Paris moderne. Or, une personne noire dans Paris, en 2021, est quelque chose de tout-à-fait habituel.

Si les changements apportées aux œuvres citées n’ont qu’un intérêt secondaire dans l’intrigue, c’est que le problème porte non pas sur ce qui a été changé (d’ailleurs, bon nombre de critiques ne semblent même pas avoir regardé/lu les œuvres critiquées tant leur méconnaissance de l’univers est flagrant), mais ce en quoi ça a été changé. Pourquoi est-ce que le Joker de Ledger passe, alors qu’une femme noire en 007 (qui, rappelons-le n’est PAS James Bond) ça fait hurler dans les cischaumières ? Ce qui gêne en fait les personnes qui critiquent ce genre de choix, c’est qu’on placerait des acteurs-caution qui n’auraient pas d’autre mérite que d’être issus d’une minorité. Ils n’en ont en fait rien à carrer de la qualité du jeu d’acteur ou de la cohérence avec l’œuvre.

Or, l’importance de la représentativité est assez facilement mise de côté lorsqu’on est de la majorité. Je peux assez facilement m’identifier à un personnage dans à peu près n’importe quel film récent ou ancien, mais quid des autres? Les personnages principaux de couleurs et LGBT+ ne sont pas tant légion que cela. Quand bien même ça serait pour se faire bien voir du public, améliorer la représentation des minorités me parait la moindre des choses et un geste qui ne demande aucun effort de la part du spectateur. Un jour, on pourra toutes et tous s’en ficher comme d’une guigne des différences.C’est juste beaucoup plus facile pour certains que d’autres, ne l’oublions pas…

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