En quête de sens

16 décembre 2017 | Textes | 0 commentaires

Internet se voulait être la grande force d’émancipation de la parole, le partage et la multiplication des connaissances. Au lieu de cela, on s’est retrouvés avec un véritable dépotoir, car chacun voulant son petit royaume de pixels, des paroles d’habitude cantonnés aux arrière-salles des brasseries bavaroises ou aux chambrées de caserne ont noyé les sagesses d’aujourd’hui et d’antan. On a mis le talent au rebus, la pertinence aux ordures et on n’élève plus les âmes mais des murs. Les propos lourds et déplacés sont applaudis, la beaufitude est devenue le nec plus ultra. Tous ces petits soldats du politiquement incorrect s’en donnent à cœur-joie pour attirer de leur écrasante gravité les esprits vers la terre, à un niveau presque chthonien.

Et à côté de ça, tu as tous ces gens dégueulasses, drapés dans une compassion de façade, qui te sauteront à la gorge dès le moment où tu dérangeras, où tu tenteras de les rappeler à la rationalité. Ouais, tu sais, cette catégorie de gens qui vont souhaiter les pires immondices à des criminels en se disant épris de justice. Ce qu’ils souhaitent en vérité, c’est la vengeance, la violence. À lire leurs propos, j’ai l’impression que les vrais sadiques, ce sont eux. Sadiques et incohérents, ils vont te dire la bouche en cœur qu’ils ne sont d’aucun parti, déçus par tous les politiques  tout en fustigeant les bobo-islamo-gauchiasses et soutenant quasi-systématiquement les propositions de la droite dure, quand bien même elles sont sources des troubles qu’ils prétendent éteindre.

Tous ces gens se livrent à une bataille éternelle et sans issue, c’est à celui qui gueulera le plus fort, à celui qui écrasera le mieux. Comme enivrés par leurs idéologies et bouffis d’arrogance, il leur est impossible de considérer qu’il puisse exister d’autres chemins. Cette simple supposition suffira d’ailleurs à conforter leurs convictions: si tu n’es pas avec eux, tu es contre eux, tu es un traître pour oser dire que tous les humains devraient se parler et faire preuve d’une réelle compassion. Oh bien sûr, la plupart suivront au début, jusqu’à ce que cela revienne mettre en cause leurs actes, ne comptez plus sur eux pour faire amende honorable. Ceux qui le font quand même passent alors immédiatement dans la catégorie des bisounours ethno-masochistes dévirilisés.  Bien sûr qu’il y en a qui sont arrivés là comme des special snowflakes poussés par le vent,  tels des bocaux vides qu’on peut remplir de n’importe quelle idéologie, pourvu qu’elle ôte la responsabilité du malheur.

Tu sais, j’ai l’impression d’être passé par toutes ces étapes moi aussi. Tu me demandes ce que j’en pense? Et bien, pour moi, rien de tout cela ne vaut la peine, ce ne sont que des braises froides, la vraie flamme est éteinte depuis longtemps.  C’est un peu comme si j’étais un spectre et que je traversais mon époque en ruines, infectée d’humains qui gesticulent, tentant pathétiquement de remonter le courant du fatum.

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