Taedium Vitae

Combler le silence éternel du cyberespace infini…

Lever le voile sur le hijab

16 juin 2016 | Articles | 0 commentaires

Ça faisait longtemps que j’avais envie de parler de ce sujet particulièrement controversé qu’est le voile. Certaines confusions et préjugés existent à son sujet et polarisent les débats. Il convient donc d’adopter une posture analytique et sans a priori afin d’y voir plus clair. Notez bien que je ne suis pas un spécialiste de l’Islam ou des mouvements féministes, j’essaie juste de débroussailler ce terrain plein d’épines en indiquant quelques ressources et vous enjoins à faire preuve de curiosité tout en me pardonnant d’avance les inévitables imperfections de mon petit texte.

Donc, tout d’abord, donc, qu’est-ce que le voile exactement? On utilise génériquement le terme de voile pour recouvrir plusieurs objets différents alors commençons par les cinq types principaux:

Hijab

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Le hijab recouvre la tête et le cou. Il est le plus répandu et peut se porter comme sur la photo ou recouvrant simplement les cheveux.

Niqab

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Le niqab recouvre l’ensemble des formes, ne laissant transparaître que les yeux. Prôné principalement par les courants les plus rigoristes.

Jilbab

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Le jilbal est un mélange entre hijab et niqab, laissant le visage visible. Plutôt porté par les Saoudiennes

Tchador

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Le tchador recouvre le corps sauf le visage et n’a pas de manches. Originaire d’Iran

Burka

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La burka est un vêtement recouvrant l’entier du corps, avec une grille de tissu au niveau des yeux. Surtout porté en Afghanistan.

On pourrait aussi mettre le burkini dans cette suite. C’est un vêtement utilisé pour les baignades qui ne laisse visible que les pieds, les mains et le visage. Il est souvent fabriqué en élasthanne, la matière dans laquelle sont faits les vêtements de sport. L’argument de l’hygiène est donc bancal et c’est assez curieux de s’en inquiéter vu ce que peuvent contenir nos piscines.

Notez cependant que les photos tirées de cet article du monde et ne sauraient être autre chose qu’une simple illustration, incapable de rendre compte de la diversité des modèles et variantes:

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Il nous faut aussi dire qu’il est présent également dans des cultures non-musulmanes, comme par exemple les moniales (ci-contre Mère Teresa) sans que cela ne provoque le moindre émoi (ou dans des mother-teresaproportions infinitésimales). On dira sans doute que elles, elles sont représentantes de notre culture judéo-chrétienne et sont intégrées. Nous pourrions causer sur la pertinence d’une telle affirmation (un couvent étant par définition plutôt renfermé sur lui-même, même s’il y a des missions externes) mais ce n’est pas le sujet. Retenons donc simplement que ce n’est pas le voile en soi qui est un problème mais plutôt qui le porte et pourquoi.

Qu’en dit donc le Coran? D’après le journal Le Point, il y a une prescription de pudeur qui n’entre pas dans les détails. à noter que la décence est également demandée aux hommes. Deux lectures peuvent se faire: soit de manière rigoriste, soit en admettant qu’il s’agissait là d’une prescription circonstanciée. Dans les deux cas, le texte seul ne permet pas de se positionner et tout comme la Bible, le Coran nécessite de passer par une interprétation, il est donc impossible d’affirmer quoi que ce soit sur simple base du texte. N’oublions pas non plus que l’écrit est immuable, tandis que la culture, l’histoire ainsi que l’exégèse des textes sacrés sont en perpétuel mouvement. Qu’on ne vienne pas me sortir des passages coupables du Coran car on peut faire de même avec la Bible, ce n’est pas pour autant que tout le monde les applique. D’ailleurs on trouve ceci dans le Nouveau Testament:

Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef.

Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef: c’est comme si elle était rasée.

1 Corinthiens 11:-5

Et pourtant, voyez-vous encore des voiles à l’église? Cela n’empêche cependant pas d’avoir certaines règles de décence. Essayez donc de rentrer dans une cathédrale avec un généreux décolleté estival.

Dernière petite précision, des phrases comme « les musulmans sont », « dans leur pays », etc n’ont tout simplement aucune valeur: les musulmans du Maroc ne sont pas ceux d’Indonésie ni ceux de Syrie ou de France et parmi chacun de ces pays, il n’y a pas qu’une seule déclinaison de la religion, l’interprétation du texte peut grandement varier entre plusieurs courants oscillant entre traditionalisme et progressisme. Il est donc faux et malhonnête de prendre un échantillon restreint pour en tirer des conclusions sur l’ensemble des croyants, ceci y compris si la majorité d’entre eux étaient extrémistes. Si l’on entend lutter efficacement contre ceux-ci, c’est contre productif: en effet, comme dans toutes les philosophies de vie (soyons large) , que peut ressentir un musulman modéré et intégré si autour de lui on présente sa religion comme la onzième plaie d’Égypte? Comment doit-il réagir? D’aucuns voudraient qu’il se distancie desdits extrémistes, qu’il clame à haute voix qu’il ne partage pas leurs idées. S’il le fait, je pense que c’est une très bonne chose et que cela peut aider à faire reculer un courant éculé. Mais l’y obliger sous peine d’être perçu comme un complice me semble être une lourde erreur. Après tout, on ne demande pas aux Français de s’excuser pour Pétain, aux Américains pour Bush, aux Allemands pour Hitler, aux Chiliens pour Pinochet ou aux chrétiens pour les scandales de pédophilie.

Voilà, maintenant qu’on a posé ces distinctions, essayons de voir pourquoi ce simple bout de tissu cristallise à lui tout seul toutes les peurs concernant l’Islam ces dernières années.

tumblr_inline_nduuha9tCi1qeiaznLa première critique du voile se trouve dans une partie du féminisme. Nous avons en effet des personnes comme Elisabeth Badinter prônant une incompatibilité entre acceptation du port du voile et féminisme. D’autres argumentent qu’il est tout autant oppressif de contraindre une femme à mettre un voile que de l’obliger à l’enlever. On ne peut pas, d’un coup d’un seul, deviner si une femme porte le voile parce qu’on l’y contraint, parce qu’elle a des croyances ou tout simplement parce qu’elle le veut. Le blog Les yeux noirs soulève quelques points intéressants à ce sujet et dit les choses mieux que je ne saurais les dire alors n’hésitez pas à consulter son article. Cependant, je trouve particulièrement curieux et déplorable qu’une partie des adversaires du voile se parent des oripeaux du féminisme pour ce sujet précis seulement, négligeant toutes les autres batailles de cette galaxie de mouvements (au hasard: le harcèlement de rue, les viols conjugaux, les disparités salariales, le sexisme ordinaire…). Pourquoi ces gens-là se sentent tout soudain des défenseurs de cette cause alors que par ailleurs ils vont exercer eux-mêmes des pressions voire même fustiger une supposée futilité de ces combats? La réponse est simple: pour eux ce n’est qu’un prétexte pour attaquer l’Islam avec un casus belli de féminisme.

La deuxième critique (et la plus essentielle envers le voile) c’est qu’il serait le symbole d’un Islam politique cherchant à imposer ses valeurs et ses pratiques face à l’Occident vu comme décadent et mécréant. Ce contraste est encore plus parlant dans des républiques à tradition laïque comme la France ou Genève. Mais une fois encore, le concept de laïcité peut être compris de plusieurs façons et selon le sens que l’on choisit de lui donner, l’attitude face aux religions doit être modifiée. Au sens premier, c’est un concept qui s’applique à l’État mais pas aux citoyens, le pouvoir religieux doit être séparé du politique et l’attitude envers les religions se doit d’être neutre. Cela reste vague, vous en conviendrez et soulève quelques questions auxquelles il n’y a pas forcément de réponses toutes faites: Un employé d’État a-il le droit de porter un signe religieux? Le fait que l’État encaisse un impôt religieux et/ou met à disposition des ressources pour, par exemple, les cours de catéchisme, n’est-il pas une trahison de ce principe de séparation? Est-ce légitime de favoriser une religion indigène en particulier pour des raisons traditionnelles? La société doit-elle permettre que des évènements religieux se déroulent dans son espace public ? Ces questions restent ouvertes et nécessiteraient de longues discussions.

Enfin bref, j’espère que la plupart seront d’accord sur la notion de séparation religion/Etat, à savoir que la première ne doit pas avoir de pouvoir direct sur la seconde, bien qu’on ne doive pas empêcher les gens de voter par conviction religieuse et les fonctionnaires de croire en quelque chose. Mais qu’en est-il de la vie publique? On entend souvent à ce sujet des phrases comme « On ne se sent plus chez nous », « Ils imposent leur culture », « L’Islam n’est pas une religion européenne », etc… Qu’est-ce qui est vraiment signifié par ce genre de déclarations?  J’avoue avoir toujours eu la plus grande difficulté à comprendre en quoi croiser quelques femmes en niqab au centre-ville empêche qui que ce soit de se comporter comme il le souhaite? Est-ce qu’il faut aussi courir au buisson le plus proche afin de vomir  à chaque fois que l’on voit une bonne sœur du monastère régional? Tant qu’on ne vient pas dire que quelqu’un n’a pas le droit de faire X ou Y parce que ça contrevient aux préceptes de la religion/idéologie Z, je ne vois aucune sorte de problème. En outre, la réponse à un propos révoltant se doit d’être raisonnée et pas purement émotionnelle ou légale, pour autant que l’on veuille bien faire de son mieux pour faire comprendre son point de vue plutôt que de vouloir l’imposer brutalement.

On pourrait me rétorquer que le voile est une preuve de non-intégration. Mais qu’est-ce que ça veut dire? Avoir un travail et payer des impôts ne signifie pas pour autant qu’on est intégré à la société. Étant donné que la plupart des gens s’en foutent de la chose publique à part quand ça les touche de près ou que ça peut leur permettre de transférer leurs maux sur un bouc émissaire, peut-on vraiment dire d’eux qu’ils sont intégrés? Alors, serait-ce le fait de partager la même culture? Peut-on dire que la Suisse a été un jour mono-culturelle? Il suffit de regarder les rivalités intercantonales culminant parfois au pathétique (comme ici) ou les préjugés que nous avons des habitants de l’autre côté du Röstigraben pour constater que oui, la Suisse est multiculturelle et que ces cultures communiquent parfois mal entre elles. Comment peut-on reprocher à une culture extérieure de ne pas s’intégrer quand on méconnait son propre voisin? Peut-être qu’avec une réelle volonté de dialogue sans animosité latente de toutes parts nous pourrions mieux nous comprendre les uns les autres. Cela serait un bon début, non?

Et puis, il ne faudrait pas oublier, comme je l’ai mentionné plus haut, que l’histoire ça évolue de toute façon. À entendre parfois certaines paroles, on a l’impression que tout ce qui précède le temps T était forcément mieux, par tradition, sagesse ancestrale ou peut-être bien par simple nostalgie. Ne vous y méprenez pas,  je ne suis pas en train de dire qu’il n’y avait pas des choses bien avant, au contraire, mais cet argument d’autorité temporelle ne tient de toute évidence pas la route, entre autres parce que ces questions n’avaient pas lieu d’être il y a quelques années encore. Si on prend une actualité récente comme la décision de la police écossaise d’intégrer des femmes avec un hijab dans ses forces pour des raisons de représentativités, on peut soit se dire que c’est contraire au principe de laïcité, ou se demander si ce n’est pas une bonne chose dans le cas où ça permet un meilleur contact avec la population musulmane. Est-ce que c’est une bonne idée, pour paraphraser Médine dans sa chanson un rien provocatrice Don’t Laik, de repousser les nazislamistes en fermant les portes de l’éducation? Et vous, qu’en pensez-vous?

(Paroles)

Image d’en-tête: Flickr

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