Faut rigoler!

J’ai mis Dieu­don­né et Count Dan­ku­la pour illus­trer cet article. SI le pre­mier est lar­ge­ment connu sous nos lati­tudes, le deuxième est venu récem­ment en lumière suite à une vidéo où il avait appris au car­lin de sa copine à faire le salut nazi quand il dit “Gas the Jews” (lien en fran­çais). Il a été condam­né pour cela, la peine encou­rue est de six mois. Le sus­nom­mé se défen­dait en disant que c’était juste une blague pour faire enra­ger sa copine, une expli­ca­tion que les juges n’ont pas rete­nue, mani­fes­te­ment. Je ne compte pas refaire ici le pro­cès, n’étant pas expert en lois, encore moins écos­saises, mais plu­tôt pro­po­ser quelques pistes de réflexion sur l’humour et  la liber­té d’expression.

On trouve donc toutes sortes d’humour: du noir, du grin­çant, de l’absurde, du comique de situa­tion, des jeux de mots, des meme et j’en passe. Elles ciblent des goûts pré­cis, pré­sup­posent par­fois d’avoir cer­taines connais­sances per­met­tant de com­prendre ce qui est drôle (comme les blagues liées à un métier) et par consé­quent ne font pas rire tout le monde. Ce n’est pas un mal en soi, vu qu’on peut en géné­ral choi­sir son expo­si­tion ou non à de tels conte­nus.

Vient ensuite le tour des sujets. Là, le débat fait rage, c’est peu de le dire. L’actualité récente  a vu plu­sieurs exemples: l’animateur Tex, le foot­bal­leur Griez­mann ou encore Ney­mar. Tous trois ont été sanc­tion­nés socia­le­ment et même pro­fes­sion­nel­le­ment en ce qui concerne l’animateur. Si l’on peut rete­nir pour les deux der­niers une cer­taine mal­adresse et de la mécon­nais­sance puisqu’ils ne pen­saient aucu­ne­ment à mal, c’est plus pro­blé­ma­tique chez Tex, qui ne semble tou­jours pas avoir com­pris ce qui lui était repro­ché. Ce n’était pas le pre­mier aver­tis­se­ment qu’il rece­vait et, pour ceux qui n’ont jamais regar­dé, il est cou­tu­mier des blagues façon “Ton­ton René bour­ré à une (dé)fête de famille”. En pri­vé, on râle­rait inté­rieu­re­ment mais là, il faut bien se rendre compte que ça se pas­sait sur le ser­vice public, à une heure de grande écoute. De plus, à une époque qui sou­haite sanc­tion­ner for­te­ment les vio­lences faites aux femmes, sor­tir une telle vanne est mal­ve­nu, et c’était lar­ge­ment pré­vi­sible. On peut donc rele­ver que le contexte entre en ligne de compte.

On pour­rait aus­si se deman­der quelle est la dif­fé­rence entre un chan­teur qui dit “Je vais lais­ser par­ler le mar­chand juif en moi: Ache­tez mon CD après le concert” alors qu’il est israé­lien et un humo­riste qui fait un sketch sur la même thé­ma­tique. L’un est-il plus légi­time que l’autre? Est-ce qu’on irait repro­cher à un han­di­ca­pé de faire preuve d’auto-dérision et de rire de sa propre condi­tion?  Pro­ba­ble­ment que non, on n’oserait même pas avoir l’idée de le lui repro­cher. L’identité de l’auteur est donc un élé­ment impor­tant mais est-ce que cela empêche un non-concer­né de faire une blague sur X ou Y groupe? Dans l’absolu, qu’est ce qui empêche un humo­riste de faire une blague sur les vieux dans un EMS et eux d’en rire? Les audi­teurs et leur état d’esprit viennent brouiller encore davan­tage les cartes… Fina­le­ment, ce n’est peut-être pas une vanne qui est raciste mais l’intention dans laquelle elle est dite et enten­due.

N’oublions pas non plus qu’il est facile de glis­ser de l’humour vers le “sta­te­ment” poli­ti­sé. Pour prendre un exemple, si Jean-Marie le Pen fait une blague sur les noirs, il peut très bien être per­çu comme drôle par son public et être en même temps lui-même xéno­phobe. J’avoue trou­ver cette pro­pen­sion de cer­tains à se cacher sous l’excuse du trait d’humour pour expri­mer une opi­nion scan­da­leuse assez déplo­rable.  Assu­mez donc ce qu’il y a der­rière vos blagues parce qu’à force de tout tour­ner en bouf­fon­ne­rie, il est impos­sible de débattre sérieu­se­ment… Sont-ils donc si peu confiants en la soli­di­té de leurs pro­pos pour devoir user de bas stra­ta­gèmes? De plus, avec la mode du Gora­fi, on a appris que la véra­ci­té d’un  pro­pos n’était pas garante de sa prise en consi­dé­ra­tion, on a vu à plu­sieurs occa­sions des poli­tiques ret­wee­ter des infos de Nord­presse, par exemple. Le risque de voir une opi­nion se for­mer à base de meme sans pro­fon­deur est notable.

Tout cela m’amène au der­nier point. Com­ment doit-on réagir face à cela? Sim­ple­ment se taire et lais­ser faire, l’humour agis­sant dès lors comme une sorte de cata­lyse de sen­ti­ments en évi­tant aux auteurs de “pas­ser à l’acte” ? Uti­li­ser des méca­nismes de cen­sure (blo­cage de page FB, pres­sions sur des éditeurs/salles, etc..  ) au risque de pro­vo­quer une frus­tra­tion qui pour­rait bien explo­ser comme une cocotte-minute dont la valve serait blo­quée? Est-ce qu’on doit tout péna­li­ser, au risque de faire de la pri­son ferme pour une blague bas de pla­fond mal réa­li­sée comme celle de Dan­ku­la? N’aurait-on pas plu­tôt inté­rêt à un dia­logue dépas­sion­né, à mon sens seul garant d’une pos­si­bi­li­té de chan­ge­ment? Je sais bien que c’est dif­fi­cile, sur­tout si on manque de patience et que les gusses d’en face n’ont pas cette volon­té de dia­logue. Mais bon, que serait la vie sans trolls? Elle serait agréable à vivre…

 

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