Taedium Vitae - Oscar Wilde

Taedium Vitae — Oscar Wilde

/ Citation, oscar wilde

To stab my youth with des­pe­rate knives, to wear
This pal­try age’s gau­dy live­ry,
To let each base hand filch my trea­su­ry,
To mesh my soul within a woman’s hair,
And be mere Fortune’s lackeyed groom,–I swear
I love it not! these things are less to me
Than the thin foam that frets upon the sea,
Less than the thist­le­down of sum­mer air
Which hath no seed: bet­ter to stand aloof
Far from these slan­de­rous fools who mock my life
Kno­wing me not, bet­ter the low­liest roof
Fit for the mea­nest hind to sojourn in,
Than to go back to that hoarse cave of strife
Where my white soul first kis­sed the mouth of sin.

Les Fiançailles - Guillaume Apollinaire

Les Fiançailles — Guillaume Apollinaire

/ Citation

Le prin­temps laisse errer les fian­cés par­jures
Et laisse feuillo­ler long­temps les plumes bleues
Que secoue le cyprès où niche l’oiseau bleu

Une Madone à l’aube a pris les églan­tines
Elle vien­dra demain cueillir les giro­flées
Pour mettre aux nids des colombes qu’elle des­tine
Au pigeon qui ce soir sem­blait le Para­clet

Au petit bois de citron­niers s’enamourèrent
D’amour que nous aimons les der­nières venues
Les vil­lages loin­tains sont comme leurs pau­pières
Et par­mi les citrons leurs cœurs sont sus­pen­dus

Mes amis m’ont enfin avoué leur mépris
Je buvais à pleins verres les étoiles
Un ange a exter­mi­né pen­dant que je dor­mais
Les agneaux les pas­teurs des tristes ber­ge­ries
De faux cen­tu­rions empor­taient le vinaigre
Et les gueux mal bles­sés par l’épurge dan­saient
Étoiles de l’éveil je n’en connais aucune
Les becs de gaz pis­saient leur flamme au clair de lune
Des croque-morts avec des bocks tin­taient des glas
À la clar­té des bou­gies tom­baient vaille que vaille
Des faux-cols sur des flots de jupes mal bros­sées
Des accou­chées mas­quées fêtaient leurs rele­vailles
La ville cette nuit sem­blait un archi­pel
Des femmes deman­daient l’amour et la dulie
Et sombre sombre fleuve je me rap­pelle
Les ombres qui pas­saient n’étaient jamais jolies

Je n’ai plus même pitié de moi
Et ne puis expri­mer mon tour­ment de silence
Tous les mots que j’avais à dire se sont chan­gés en étoiles
Un Icare tente de s’élever jusqu’à cha­cun de mes yeux
Et por­teur de soleils je brûle au centre de deux nébu­leuses
Qu’ai-je fait aux bêtes théo­lo­gales de l’intelligence
Jadis les morts sont reve­nus pour m’adorer
Et j’espérais la fin du monde
Mais la mienne arrive en sif­flant comme un oura­gan

J’ai eu le cou­rage de regar­der en arrière
Les cadavres de mes jours
Marquent ma route et je les pleure
Les uns pour­rissent dans les églises ita­liennes
Ou bien dans de petits bois de citron­niers
Qui fleu­rissent et fruc­ti­fient
En même temps et en toute sai­son
D’autres jours ont pleu­ré avant de mou­rir dans des tavernes
Où d’ardents bou­quets rouaient
Aux yeux d’une mulâ­tresse qui inven­tait la poé­sie
Et les roses de l’électricité s’ouvrent encore
Dans le jar­din de ma mémoire

Par­don­nez-moi mon igno­rance
Par­don­nez-moi de ne plus connaître l’ancien jeu des vers
Je ne sais plus rien et j’aime uni­que­ment
Les fleurs à mes yeux rede­viennent des flammes
Je médite divi­ne­ment
Et je sou­ris des êtres que je n’ai pas créés
Mais si le temps venait où l’ombre enfin solide
Se mul­ti­pliait en réa­li­sant la diver­si­té for­melle de mon amour
J’admirerais mon ouvrage

J’observe le repos du dimanche
Et je loue la paresse
Com­ment com­ment réduire
L’infiniment petite science
Que m’imposent mes sens
L’un est pareil aux mon­tagnes au ciel
Aux villes à mon amour
Il res­semble aux sai­sons
Il vit déca­pi­té sa tête est le soleil
Et la lune son cou tran­ché
Je vou­drais éprou­ver une ardeur infi­nie
Monstre de mon ouïe tu rugis et tu pleures
Le ton­nerre te sert de che­ve­lure
Et tes griffes répètent le chant des oiseaux
Le tou­cher mons­trueux m’a péné­tré m’empoisonne
Mes yeux nagent loin de moi
Et les astres intacts sont mes maîtres sans épreuve
La bête des fumées a la tête fleu­rie
Et le monstre le plus beau
Ayant la saveur du lau­rier se désole

À la fin les men­songes ne me font plus peur
C’est la lune qui cuit comme un œuf sur le plat
Ce col­lier de gouttes d’eau va parer la noyée
Voi­ci mon bou­quet de fleurs de la Pas­sion
Qui offrent ten­dre­ment deux cou­ronnes d’épines
Les rues sont mouillées de la pluie de naguère
Des anges dili­gents tra­vaillent pour moi à la mai­son
La lune et la tris­tesse dis­pa­raî­tront pen­dant
Toute la sainte jour­née
Toute la sainte jour­née j’ai mar­ché en chan­tant
Une dame pen­chée à sa fenêtre m’a regar­dé long­temps
M’éloigner en chan­tant

Au tour­nant d’une rue je vis des mate­lots
Qui dan­saient le cou nu au son d’un accor­déon
J’ai tout don­né au soleil
Tout sauf mon ombre

Les dragues les bal­lots les sirènes mi-mortes
À l’horizon bru­meux s’enfonçaient les trois-mâts
Les vents ont expi­ré cou­ron­nés d’anémones
Ô Vierge signe pur du troi­sième mois

Tem­pliers flam­boyants je brûle par­mi vous
Pro­phé­ti­sons ensemble ô grand maître je suis
Le dési­rable feu qui pour vous se dévoue
Et la girande tourne ô belle ô belle nuit

Liens déliés par une libre flamme Ardeur
Que mon souffle étein­dra Ô Morts à qua­ran­taine
Je mire de ma mort la gloire et le mal­heur
Comme si je visais l’oiseau de la quin­taine

Incer­ti­tude oiseau feint peint quand vous tom­biez
Le soleil et l’amour dan­saient dans le vil­lage
Et tes enfants galants bien ou mal habillés
Ont bâti ce bûcher le nid de mon cou­rage

L'aurore

L’aurore

/ Citation

Electre
Où nous en sommes ?

Femme Nar­sès
Oui, explique ! Je ne sai­sis jamais bien vite. Je sens évi­dem­ment qu’il se passe quelque chose, mais je me rends mal compte. Com­ment cela s’appelle-t-il quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est sac­ca­gé, et que l’air pour­tant se res­pire, et qu’on a tout per­du, que la ville brûle, que les inno­cents s’entre-tuent, mais que les cou­pables ago­nisent, dans un coin du jour qui se lève ?

Electre
Demande au men­diant. Il le sait.

Le men­diant
Cela a un très beau nom, femme Nar­sès. Cela s’appelle l’aurore.

Électre, Jean Girau­doux — 1937