The Road goes ever on and on
Out from the door where it began
Now far ahead the Road has gone
Let others follow it who can!
Let them a journey new begin
But I at last with weary feet
Will turn towards the lighted inn
My evening-rest and sleep to meet.
Tolkien
Y’a des soirs comme ça où t’as juste envie de tout envoyer valser. Tu ne sens plus la pluie sous laquelle tu marches depuis ce qui te semble une éternité, tes pieds pèsent une tonne et tu avances tel un zombie dans des ruelles mal éclairées. Les néons vacillants des boutiques t’agressent la rétine, les gens se mettent en travers de ton chemin. La musique que tu t’injectes dans les tympans ne parvient même plus à ton cerveau tellement ce qui t’entoure se dissout dans le brouillard. Mais il ne sert à rien de lutter, alors tu t’anesthésies l’esprit au whisky mais rien n’y fait: ce foutu malaise est toujours là, bien présent, ancré en toi, comme un parasite qui te bouffe toute ton énergie.
T’as jamais vraiment su pourquoi il s’était greffé un beau jour, mais il a cette prodigieuse capacité à rendre toute chose que tu entreprends futile et éphémère. Quelle que soit la route que tu prennes, tu sais qu’invariablement elle se finira un jour et ça te dévore de l’intérieur de ne pas savoir quand tu devras revenir sur tes pas. Les gens viennent et s’en vont, au gré du temps, des saisons ou des amours, il n’y aura que la trace de tes propres pas à l’approche de l’hiver.
On pourrait bien te dire qu’il faut prendre les choses avec légèreté et désinvolture, qu’il ne faut pas se poser autant de questions, que le passé est derrière toi, qu’il faut tourner la page et que-sais-je encore. Mais quand tu es face à un mur, tu fais quoi? Tu le contournes, tu rebrousses chemin, tu exploses le mur à coups de pioche? Je crains qu’aucun de ces procédés ne change quoi que ce soit car il y aura toujours des barrières, des limitations, des prisons. La liberté? Une foutue illusion… L’espoir? Une chimère qui nous engloutira dans ses flammes infernales… Enfin, on est comme ça nous les humains, on essaiera encore et encore jusqu’à en être exsangues.